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Nos priorités
Source: Al-Ifrighi
Au Tchad, je crois, nous avons nos priorités qui ne sont pas forcement celles des autres nations. Ainsi, quand je lis dans certains de nos journaux des passages qui qualifient nos dirigeants de médiocres, j'ai envie de prendre des tranquillisants, et, à forte dose. Car, un médiocre a quand même une connaissance, mais insuffisante.
Or, ce n'est pas le cas de nos chefs. Ils sont, tout simplement, des proxénètes politiques, des fripouilles à la tête des fripouilleries qu'ils appellent pompeusement des Ministères ; une véritable cosa nostras sans foi ni loi qui pille allégrement les ressources du pays sans qu'aucun petit doigt de ces supposés intellectuels ne s'élève.
Au lieu de contribuer, sans le savoir peut être, à disperser nos forces en pérennisant des thèmes bien que très importants tels que le confessionnalisme, la géopolitique et le bilinguisme et qui sont traités, croyez moi, de manière très partiale, nos journaux doivent concentrer leurs efforts sur la conscientisation de la population afin qu'unie, conscientisée et aimant le Tchad et non ses chefs tribaux ou religieux aucune force tribale ne pourra l’assujettir. Je pense franchement que ce qui est urgent pour nous actuellement c'est l'unité d'action qui est le gage d'une pression effective sur ces assoiffés du sangs et du pouvoir.
Je crois aussi que notre vrai problème est que ces cancres à l'école comme en politique nous chantent en permanence notre pauvreté notre manque de moyen sans que personne ne leur fait savoir le contraire. Notre vrai problème qui est, d'ailleurs notre honte nationale est que le pays avec ses 1.284.000 km2 et à avec peine dix millions d'habitants est incapable de se nourrir. Nos vrais problèmes sont qu'en plus de 40 ans d'indépendance nous n'avons aucune route véritablement bitumée. Nous avons l'unique capitale au monde qui n'a ni eau ni électricité. L’unique pays au monde où pour prétendre à un poste supérieur il fallait vider les caisses de ton précédent poste ; c'est une marque de compétence chez nous. L’unique pays au monde, où les prisons sont des garderies pour voleurs des tomates, des cigarettes et autres concombres. L’unique pays au monde où le crime est un acte de bravoure et la bravoure est un manque de sagesse. L’unique pays au monde où le directeur de cabinet du ministre est un garçon de course et le directeur technique, le restaurateur. Je ne citerais jamais assez nos problèmes, mais à mon sens, c'est sur ces thèmes qu'il faudrait concentrer nos efforts et notre littérature. Or, des groupes des Tchadiens se plaisent dans des dissertations telles que le bilinguisme, qui semble être une forme d’islamisation forcée des non musulmans, pour certains, et d'autres encore ne se lassent pas de répéter à longueur des journées que tous nos problèmes proviennent des premiers dirigeant des années de l'indépendance, comme si le pays est condamné à revivre éternellement les erreurs des premiers. D'un autre côté, il y a ceux qui se veulent plus subtiles en faisant passer des messages haineux qui dénotent d'un racisme primitif. Leur médiocrité culturelle n'a d'équivalent que leur fulminante ascension, sans explication aucune, au près de leur cousin de chef d'Etat. A croire que seule la maîtrise de la langue de Montesquieu, leur langue d'expression, pourra les faire passer pour des historiens et donc des intellectuels. Je fais allusion, ici, à ceux qui écrivent l'histoire tchadienne en la subordonnant à leur propre tribu.
Albissaty Saleh Allazam
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